«(Re) visitez vos souvenirs!» vous invite à identifier une photo de spectacle légendaire. La première, publiée samedi, représente «L’Oiseau vert». Camille Bozonnet éclaire son contexte

« C’est technique, c’est magique, c’est du théâtre ! », écrivait Jacques Poulet dans «Révolution», le 24 janvier 1983.

2 novembre 1982. Spectacle d’ouverture de Benno Besson, L’Oiseau vert *  produit une extraordinaire déflagration.

Non seulement cette pièce-fable de Carlo Gozzi préserve la maison du péril rouge  que laissait présager l’arrivée de la star est-berlinoise.

Mais elle propulse le public genevois dans l’univers onirique, fantaisiste, insolent de liberté de Benno Besson, servi par les décors rapiécés  de Jean-Marc Stehlé et les déroutantes faces de cuir  de Werner Strub.

Avec ce coup de maître, Benno Besson installe son théâtre populaire au cœur de la cité. Sa féerie est pertinente parce que « ses personnages sont arrachés de la réalité, ils sont légendaires, mythiques, ils perturbent le réel au lieu de le conforter, de le reproduire, comme aujourd’hui le cinéma, la télévision, la peinture, la littérature. »1

A la fin de la saison 84-85, le pari populaire semble gagné : le bouclement des comptes dégage un bénéfice, les abonnements sont doublés, la fréquentation moyenne avoisine les 70%.

Camille Bozonnet, curatrice de l’exposition «(Re)visiter la Comédie!»

 

1- Benno Besson cité par la journaliste Armelle Heliot dans «Le Figaro».

*1982_L’oiseau vert_©claude gafner

Le Vert Alfonso Gomez a beaucoup bourlingué avant de siéger au Conseil municipal. Candidat à l’Exécutif de la Ville, il a hâte de voir la Comédie reprendre son vol aux Eaux-Vives

Écrire sur la nouvelle Comédie, en confinement depuis 10 jours, et rêver quelques instants. Me souvenir du dernier spectacle, «Dom Juan» de Molière par la compagnie des Fondateurs. Un beau spectacle, une salle pleine de jeunes et la force du texte si actuel en plein débat sur les Césars et les violences faites aux femmes.

Une dernière soirée, à la Comédie des Philosophes. La dernière soirée en fait. Avant l’annonce de la fermeture, brutale, liée au coronavirus. Les derniers spectacles sont annulés, le chantier de la nouvelle Comédie est stoppé, le déménagement repoussé. Les adieux à l’institution se font chacun.e chez soi, en quarantaine.

Les images et les sensations de la dernière saison remontent à la surface : des rencontres chaleureuses après le très touchant spectacle d’Anne Bisang ou encore les folies humanistes de Pippo Delbono. Je me rappelle aussi la découverte extraordinaire de l’univers virtuel de Gilles Jobin ou encore de l’artiste brésilienne Christiane Jatahy qui nous a fait voyager de la scène à l’écran, une soirée magique.

«Nécessité de soutenir l’économie du spectacle»

Tous ces souvenirs nous rappellent la singularité des arts que l’on appelle vivants. Ces créations qui se partagent dans un temps éphémère, nous rassemblent dans un lieu et laissent des traces dans nos âmes. Genève a une formidable scène artistique, très diversifiée. La crise que nous traversons nous aura convaincu, s’il le fallait, que l’art nous est indispensable, que l’économie du spectacle est fragile et qu’il est nécessaire de la soutenir. C’est une préoccupation constante de la Ville de Genève qui devra s’engager fortement dans les années à venir aux côtés des institutions et des artistes qui nous aident à vivre et à penser.

Dans l’attente de la réouverture de nos scènes et de la fin des travaux de la future Comédie de Genève au Eaux-Vives, je tiens à remercier les artistes et toutes celles et ceux qui ont fait la Comédie au boulevard des Philosophes. Dans ce moment de tragédie, savoir qu’un jour prochain, à nouveau, nous sortirons au spectacle, ensemble, donne de l’espoir.

La Comédie reprendra son vol et nous serons présents, pour fêter ensemble un nouveau théâtre et y partager les joies et les peines de la condition humaine.

Alfonso Gomez, candidat des Verts au Conseil administratif de la Ville de Genève